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Le manque de fermeté n’est pas (toujours) un excès de bienveillance par Laure Hamel

Aujourd’hui l’éducation positive est le  » GRAAAALLLL  » ( ou pas 😉 à atteindre pour les parents d’aujourd’hui!

Peut-on être ferme et bienveillant à la fois? Comment ne pas hurler sur nos enfants quand la fatigue nous gagne et que cela fait seulement 17 fois qu’on demande à nos chers têtes blonde de passer à table???

Je vous partage un article de Laure Hamel , coach en parentalité, et auteur du blog little cacahuète.

 

Le manque de fermeté n’est pas (toujours) un excès de bienveillance

S’il y a bien une notion qui me tient à cœur lorsque l’on parle « d’éducation positive », c’est celle de bienveillance : « disposition d’esprit inclinant à la compréhension, à l’indulgence envers autrui » dit le Larousse.
Envers un enfant pour qui tout est découverte et apprentissage, notamment en cas d’erreurs et d’échecs, cela m’a toujours semblé essentiel.

La notion de « fermeté », que la Discipline Positive lie intrinsèquement à celle de bienveillance, m’a ainsi été plus difficile à appréhender  ; moi qui revendiquais l’écoute, la patience, l’empathie et autres souplesses d’approche envers l’enfant-qui-grandit.

Pourtant, au fil des années de pratique et d’observation, j’ai pris conscience des enjeux liés à cette fameuse « fermeté » et de son rôle indispensable pour une éducation réellement bienveillante.

J’ai pu surtout constater autour de moi, par des exemples du quotidien, que cette fermeté était bien plus difficile à incarner qu’il n’y paraît. Car elle n’a rien à voir avec la sévérité ou l’intransigeance, l’ordre ou la froideur.
Quand on fait un tour, une fois de plus, dans le dictionnaire, les termes utilisés pour la définir sont : « ce qui est consistant, compact », « ce qui ne tremble pas, ne faiblit pas, manifeste de l’assurance », « force morale » ou encore « qui ne se laisse pas troubler ».

La fermeté relève ainsi bien plus d’une posture assurée et solide que de la dureté : savoir ce qu’on dit, ce qu’on attend, ce qu’on fait et s’y tenir sans vaciller à la moindre tempête… Ce qui est loin d’être évident.

En Discipline Positive, la fermeté prend un sens bien précis directement associé au respect mutuel : oui, je te respecte et lorsque je suis ferme, je me respecte. Je respecte ce que je ressens, ce dont j’ai besoin (je suis fatiguée, j’ai un horaire à tenir, j’ai un travail à terminer) et je respecte les contraintes imposées par la situation (on ne court pas dans un supermarché, on ne parle pas à haute voix dans une bibliothèque, on ne se lève pas toutes les 5 min au ciné, …).

Comprendre l’autre et faire l’effort de se mettre à hauteur de ses ressentis ne signifient pas arranger les choses pour qu’elles lui soient toujours agréables ni taire ses propres besoins. C’est prendre en compte ce que l’autre vit pour adapter en réponse nos mots, nos réactions et nos décisions avec pour but de favoriser la coopération et de préserver la qualité de la relation, dans le respect de l’autre et le respect de soi.
Là est le Graal de ce que vise la Discipline Positive : améliorer et faciliter le fonctionnement des relations. Sans viser de modèle ou rechercher la perfection.
En aidant au contraire à relever les défis du quotidien (qui existeront encore et encore), en se centrant sur les solutions pour mieux vivre ensemble, en respectant les différences et en apprenant de nos erreurs.

Parmi les difficultés à incarner cette fameuse fermeté, on retrouve souvent l’envie d’être avant tout bienveillant.
Par peur de reproduire les réflexes éducatifs d’antan sévères voire violents, avec les souvenirs qu’ils nous ont laissés.
Par crainte de mal faire aussi, de traumatiser Choupinou avec la phrase ou le geste de trop, parce-que-dans-le-livre-pour-les-parents-y-disaient-tout-un-tas-de-trucs-qu’il-ne-faut-surtout-pas-faire.

Or en matière de bienveillance, si l’intention compte, le résultat aussi. Et parfois, le résultat est à l’opposé de ce qu’on souhaitait. Par manque de fermeté.
Ainsi crier sur l’enfant qui joue (vécu à la plage) « Maintenant y’en a marre, tu viens ici tout de suite et on y va, ça fait 5 fois que je dis qu’il reste 5 min ! » n’a plus grand-chose à voir avec la bienveillance initiale qui prenait soin de prévenir l’enfant, en amont, du départ qui approche.

La question est : qu’est-ce qui fait que 25 min plus tard la situation en est au même point ?

Si on se doit d’être partis dans 5 min, l’enfant a essentiellement besoin, en matière de bienveillance, qu’on l’aide à respecter le timing, à gérer peut-être la frustration de s’arrêter en plein jeu, à organiser ses gestes de manière efficace : regroupement des affaires, pliage de serviette, vêtements secs à enfiler, etc.
Laisser 20 min de plus avec l’idée qu’on-est-sympa-quand-même-parce-qu’à-la-base-c’était-5 min, si en fait on ne les a pas, fera plus de mal que de bien au final.
La bienveillance dont on voulait faire preuve est alors à même d’engendrer incompréhension, frustration, opposition, sentiment d’injustice et autres revers de médaille plutôt ingrats.

Enfin, si la bienveillance renvoie à la notion de « compréhension d’autrui », elle relève également d’une compréhension de soi. Avec un recul et une honnêteté sur nos motivations à être bienveillants, nos manières d’incarner et d’appliquer cette bienveillance avec tout ce qu’on y met derrière.

Il est ainsi important de pas confondre…

Envie de laisser l’enfant faire ses propres expériences et envie d’avoir la paix.

Objets abîmés, cassés, bêtises, catastrophes. L’exploration signifie que l’enfant ignore encore les conséquences de ses choix et de ses actions. Il va découvrir la réaction en chaîne au moment même où l’effet se produit sans avoir pu l’anticiper. En tant qu’ explorateur, il part en terre inconnue et l’indulgence est plus que jamais de mise.

S’énerver, punir, crier, blâmer l’enfant qui est allé faire ses propres expériences tandis qu’on s’affairait à autre chose ou qu’on voulait juste qu’il nous laisse tranquille quelques instants n’a rien de très bienveillant. Qualifier le résultat de ses expériences de « bêtises » non plus. Essuyer, réparer, arranger, nettoyer, ranger sont par ailleurs autant d’apprentissages que l’enfant est très tôt capable d’acquérir. Le temps passé à lui montrer et expliquer comment faire sera alors dès plus utile et constructif pour les fois à venir.

Envie de faire plaisir et besoin de reconnaissance.

Glace, ciné, piscine, nouveau jouet de plage… « Faire plaisir » relève d’une action altruiste qui n’est pas censée nécessiter une contrepartie en retour.
Attendre qu’on nous regarde comme le meilleur papa au monde, la plus gentille des mamans ou simplement un comportement irréprochable pour le reste de la soireé risque d’apporter son lot de déception et de reproches…
(vécu à l’arrêt de bus) « Je t’emmène à la piscine, je t’achète une glace et maintenant tu me fais une crise ? C’est comme ça que tu me remercies ? Tu es insupportable ! C’est pas la peine de me demander quoi que ce soit ce we je te préviens ! »

Être à l’écoute des émotions de l’enfant et difficulté à affronter ses propres émotions.

Il n’est pas évident de faire preuve de fermeté dans les situations qui, ont le pressent, vont déclencher des réactions désagréables telles que refus, négociation, colère, gémissements, etc. Aller dans le sens de ce que l’enfant désire et exige est plus doux pour nos nerfs… à court terme.
Il n’est pas non plus évident de se détacher des émotions que certaines situations ravivent en nous : la peur du noir, la difficulté à s’endormir, le désarroi devant les exercices de maths, l’ennui des jours de pluie… La bienveillance nous semble alors de mise, nous qui « comprenons si bien ce qu’on peut ressentir dans ce cas-là ».

Sauf que nous avons grandi. Que nous sommes l’adulte. Cela ne signifie pas que nous devons forcément avoir dépassé nos peurs et nos angoisses mais que l’enfant a besoin, lui, que nous sachions prendre en compte la situation dans son ensemble, au-delà de ce qu’elle provoque en nous.
Si comprendre la peur du monstre dans la chambre entraîne que l’enfant est toujours au milieu du salon à 22h30 ou à nous appeler du fond de sa chambre pour la 15e fois de la soirée, que la fatigue le lendemain se conjugue en chouigneries continues de son côté et en exaspération du nôtre :« Arrête de gémir tout le temps comme ça, tu me casses les oreilles ! », la bienveillance est finalement absente dans la manière de gérer la situation.

Le juste équilibre entre fermeté et bienveillance n’est pas simple à trouver.
Il nécessite de l’entraînement, passe par des loupés et des ajustements mais en vaut la peine.
Apprendre à manier cette fermeté quand on désire élever ses enfants avec bienveillance permet en effet d’éviter deux écueils :

  • remettre la bienveillance en cause et considérer qu’il vaut mieux faire « autrement »(ce qui la plupart du temps revient à s’orienter vers une éducation plus verticale « je-dis-tu-fais »).
  • persévérer et s’épuiser dans une bienveillance qui n’en est plus une, ni envers soi, ni envers l’autre, parce qu’on est (légitimement) à bout, parce qu’on a le sentiment de tout donner sans rien obtenir en retour ou si peu.

D’autant que le plus important n’est pas d’arriver au 50/50 dans l’addition finale (arriver à être un coup l’un un coup l’autre de manière égale) mais d’être bienveillant lorsque l’on maintient avec fermeté ce qu’on dit ou ce qu’on fait ET de faire preuve de fermeté pour poser le cadre et les limites lorsqu’on se montre bienveillant.
Le résultat est on ne peut plus positif mais demande, il est vrai, une sacrée discipline…

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