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Pascal VAN HOORNE, interview d’un papa entrepreneur confiné

Malgrè le contexte actuel , je continue de faire de belle rencontre ( virtuelle). Pascal fait parti de celle-ci, un super papa de jumeau, qui nous raconte les différentes expériences de papas à travers son blog.

Dans cette période inédite, Pascal partage avec nous sa vision sur « l’après », et comment accompagner les parents dans une reprise ( travail, école….) plus sereine.

 

1° L’un des points clés du déconfinement – impactant aussi bien la vie perso que la reprise économique – est la réouverture des écoles, collèges, crèches, etc.

Une réouverture qui oscille entre soulagement pour certains et anxiété pour d’autres à l’idée de retrouver la collectivité alors que le virus circule toujours et que le chômage partiel ne pourra pas forcément être maintenu. 

Comment, selon vous, peut-on accompagner au mieux les parents dans ce contexte où l’émotionnel est très présent et les aider à faire face aux contraintes qui leur sont imposées ?

La période que nous venons de vivre est inédite. Il est, selon moi, trop tôt pour en tirer un bilan mais il y a fort à parier (et certaines études le disent déjà) que les parents vont sortir de ce confinement épuisés psychologiquement parlant. Ils ont été parents à temps plein durant deux mois. Et que ce soit avec des enfants en bas âges (avec peu ou pas d’autonomie) ou des plus grands (avec l’école à la maison), les parents ont dû assumer une charge très lourde.

Et en parallèle, ils ont dû gérer leur job en télétravail (avec toute l’énergie que cela demande quand il y a des enfants H24 à la maison) ou leur absence de job s’ils ont été au chômage partiel (avec les inquiétudes sur la reprise ou non de son travail, les impacts financiers et l’interrogation psychologique de l’utilité du job -puisque celui ci a été mis entre parenthèse au bout de quelques jours de confinement-).

A mon sens, il est utopique, voire  irresponsable, de se dire « Go, on reprend le travail comme si rien ne s’était passé ». Bien sur, il y a une urgence économique pour les dirigeants et les managers qui est compréhensible. Mais pour justement mobiliser les équipes autour de cette urgence, il est essentiel de respecter un temps de ré-adaptation. Personne ne va sortir indemne de cette période. Il est donc important de commencer la reprise en libérant la parole au maximum. Cela ne va pas être aisé pour les managers car ce n’est pas forcément dans la culture en France de parler de sa vie perso au travail. Mais ce « temps perdu » à la reprise est du « temps gagné » pour demain.

Je préconise donc d’organiser plusieurs temps de parole, en toute bienveillance et empathie, par groupe de 10 personnes au sein de l’entreprise. Ces temps de parole doivent s’organiser un minimum en amont avec un cadre posé, avec des questions identifiées (pour lancer les échanges) et en précisant bien aux équipes que c’est un temps d’échange et pas forcément avec des solutions précises pour chacun (pour que cela ne soit pas déceptif). Osons demander à nos collaborateurs comment ils ont vécu cette période, permettre d’échanger, sur les premiers jours, entre eux sur les difficultés (mais aussi les joies, il y en a eu !) de ces deux mois.

Et il me semble important également de les interroger sur leurs besoins à court et moyen terme. La reprise de l’école ne va pas être systématique et il va forcément y avoir des besoins d’organisations et d’ajustements qui ne demandent qu’à s’exprimer. On a pu voir la vague de solidarité qui s’est créée durant ces deux mois. Les entreprises peuvent faire perdurer cette solidarité après le confinement : la flexibilité des horaires peut, par exemple, être une solution. Et elle peut être très efficace si elle est organisée collectivement (entre collègues) pour répondre aux enjeux de l’entreprise et des différentes situations individuelles des collaborateurs. Faisons confiance en l’intelligence collective !

Il peut également être utile de proposer aux équipes un accompagnement avec un coach ou un psy : c’est un terrain neutre pour aller plus loin dans la libération des échanges. Et cela peut être une aide précieuse, pas forcément très coûteuse pour l’entreprise. Les entreprises qui le peuvent peuvent également proposer une ligne d’écoute.

Enfin, plusieurs start-up proposent de trouver des solutions de garde pour les enfants. Avec une ouverture des écoles aléatoires, cela peut être une très bonne solution pour les entreprises à proposer aux parents. Ils pourront ainsi rester en télétravail… mais réussir à travailler « pleinement » car sans enfants à la maison.

Le bien être des équipes, et particulièrement des parents, est un chantier essentiel à mener en parallèle de la reprise économique.

2° Au sujet de la reprise du travail et de la réouverture progressive des écoles, on entend beaucoup que des inégalités hommes / femmes vont (ré)apparaître, les « mamans » étant le plus souvent celles qui resteront à la maison s’il y a besoin de garder les enfants encore quelque temps.

Qu’en pensez-vous ? 

C’est malheureusement une réalité qui est l’héritage des siècles d’un schéma patriarcal que nous connaissons en France. De nature positive, j’ai envie de voir ce que nous venons de traverser comme une opportunité de faire différemment. Des pères se sont retrouvés confrontés H24 avec leurs familles. Et pour certains, il y a eu une prise de conscience réelle. Il y a déjà une forte évolution ces dernières années, liée aux nouvelles générations qui souhaitent un équilibre plus fort au sein de leur famille. En Février dernier, plus de 300 entreprises ont signé le #ParentalAct pour allonger le congé paternité à un mois (au lieu des 11 jours). Mais durant deux mois, on est passé d’une vision philosophique ou idéologique à une vision pragmatique de l’égalité Femmes / Hommes. Certains pères ont compris la réalité de ce que pouvaient vivre les mamans.

C’est une responsabilité partagée (les mères et les pères) pour faire en sorte que ces inégalités ne perdurent pas, au regard de ce qui a été vécu durant ces 2 mois. Il existe des astuces toutes simples pour y arriver. Chez moi, on fait un point organisation chaque dimanche soir pour caler la semaine. Chacun y exprime ses besoins (pro, perso, famille) et on organise la semaine pour que le maximum de besoins soit respecté et que chacun s’y retrouve.

Et c’est également aux entreprises de jouer leur partition en ne proposant, par exemple, pas de réunion en fin de journée, qui pénalisent quasiment systématiquement les femmes.

Beaucoup évoquent le fameux « jour d’après ». Ce « jour d’après » est polyforme (inégalités, santé, consommation, travail, écologie, famille, conciliation vie pro/vie perso …) et n’existera que si chacun s’attache, à sa mesure, à lui faire prendre vie…

3° Quels retours avez-vous eu des familles et des papas notamment, quant à leur expérience de confinement ? Est-ce que cela a changé des choses dans leur rôle, leur place ou leur implication à la maison ? 

Comme je le disais juste avant, il y a eu, pour beaucoup, une prise de conscience. J’ai suivi et interviewé plusieurs papas durant le confinement. Et on peut voir deux trajectoires :

– les papas qui étaient déjà engagés au quotidien dans leur parentalité et qui expriment l’envie de préserver cette implication plus forte demain.

– les papas moins engagés, qui ont pris conscience de la place que prennent des enfants dans un quotidien. Même s’ils avouent ne pas être prêts à tout sacrifier pour leurs enfants (ce qui est tout à fait respectable), ils ont aimé ces temps précieux et souhaitent pouvoir les vivre plus régulièrement demain. La conciliation des temps de vie pro et perso a pris un sens réel et c’est devenu pour certains un objectif à atteindre dans l’équilibre.

4° Vous qui venez du monde de l’entreprise, quelles répercussions pourraient avoir selon vous cette période de confinement (télétravail, enfants à la maison 24h/24, école à la maison, …) au sein des organisations (modes de travail, prise en compte de la parentalité au travail, conciliation vie pro / vie perso, …) ?

Les répercussions vont être très fortes sur beaucoup d’aspects. Déjà, il y a une maturité énorme gagnée par les entreprises sur le télétravail. Beaucoup y étaient opposées  et elles ont dû s’adapter. Et si évidement il faut distinguer le télétravail avec les enfants à la maison et le télétravail avec les enfants à l’école, il y a de fortes chances que ce mode de travail (très développé dans les pays scandinaves et peu en France) entre dans les moeurs.

On a vécu ici un moment extra-ordinaire où la famille est devenu le sanctuaire. Avec la reprise de l’école (au moins totalement en Septembre prochain), le télétravail ou la flexibilité des horaires vont permettre de concilier à la fois les enjeux de l’entreprise et ceux des familles.

Je pense vraiment que la notion de bien être au travail, et plus spécifiquement la prise en compte de la parentalité dans la sphère professionnelle, va prendre de l’ampleur. Bien sur que travailler avec les enfants à la maison est épuisant. Mais les parents savent faire la distinction avec une vie avec les enfants à l’école. Et ils se projettent tout à fait dans une meilleure conciliation vie pro/vie perso. Un papa me confiait qu’il aimerait désormais pouvoir être en télétravail 2 jours par semaine pour mieux profiter de sa famille.

Dans certaines entreprises, les dirigeants ou managers, eux mêmes parents, en ont également pris conscience. A eux, en étant à l’écoute des besoins de chaque membre de leurs équipes, de trouver les solutions pour permettre cette nouvelle façon de travailler… et tout simplement de vivre son quotidien !

Pascal VAN HOORNE

http://www.pascalvanhoorne.com/ / http://www.histoiresdepapas.com/

 

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